La « propagande » conspirationniste est-elle une fraude ?

Le lundi 31 octobre 2016 sur Boulevard Voltaire est sorti un article nommé : « La propagande anticonspirationniste est une fraude » par François Belliot.

« La propagande est un concept désignant un ensemble de techniques de persuasion, mis en œuvre pour propager avec tous les moyens disponibles une idée, une opinion, une idéologie ou une doctrine et stimuler l’adoption de comportements prédéterminés au sein d’un public-cible. » Wikipedia

« Propagande : Action systématique exercée sur l’opinion pour lui faire accepter certaines idées ou doctrines, notamment dans le domaine politique ou social. » Larousse

« On qualifie de fraude toute action destinée à tromper. » Wikipedia

« Fraude : Acte malhonnête fait dans l’intention de tromper en contrevenant à la loi ou aux règlements. » Larousse

Dans le titre de l’article de F. Belliot, il y a tout de suite deux idées :
–  La propagande anti-conspirationniste sert à faire passer une idée, pas forcement objective, avec tout les moyens possibles ;
–  Elle est destinée a nous tromper.
Cela résume bien son article et montre aussi son caractère assez peu nuancé. Mais là ne s’arrête pas la critique.
En vérité cet article sert d’introduction à un article du même nom sorti le 3 novembre 2016, tiré du site consciousnews.info qui est bien plus intéressant.

« De nombreuses « théories du complot » ont fleuri depuis l’arrivée d’Internet, touchant à des sujets aussi multiples que l’assassinat du président John Kennedy, l’attaque de Pearl Harbor, les attentats du 11 septembre 2001 ou encore la guerre d’Irak de 2003. Bien souvent, l’accusation de conspirationnisme suffit à disqualifier le propos de celui qui en est accusé, voire seulement soupçonné. Néanmoins, un tel concept n’est-il pas lui-même problématique ? Que recouvre-t-il précisément, et en quoi favorise-t-il les abus ?

Les auteurs anti-complotistes, pourrait-on les appeler, se drapent toujours dans les grandes valeurs…

Depuis plus d’un an et demi et le massacre de Charlie Hebdo, nous assistons, en France, à une offensive sans précédent contre les positions qualifiées de « complotistes » ou de « conspirationnistes », menée tous azimuts par le pouvoir politique, tous les médias, l’Éducation nationale. La lutte contre les « théories du complot », à l’évidence, est devenue une grande cause nationale.

C’est à partir des attentats du 11 septembre 2001 que l’on voit apparaître et se multiplier ces expressions, pour désigner ceux qui s’aventurent à émettre des doutes sur la version officielle de cet événement.

Cette batterie d’expressions a été recyclée, par la suite, pour d’autres affaires comme l’affaire Merah, la tuerie de Charlie Hebdo, les attentats du 13 novembre, la guerre en Syrie et les « Printemps arabes ».

Les auteurs anti-complotistes, pourrait-on les appeler, se drapent toujours dans les grandes valeurs : la nécessité de « lutter contre la haine », de sauvegarder le « vivre ensemble », les « valeurs de la République » ; ils se posent en chevaliers blancs et en gardiens de la bonne pensée, vigilants face aux agissements sournois d’êtres répugnants et maléfiques qui mineraient les fondements de la démocratie.

Or, le paradoxe est le suivant : la totalité des auteurs anti-complotistes ont pour credo de recourir à tous les artifices les plus sales de la rhétorique : attaques ad hominem, mensonges factuels, procès d’intention, incitations à la haine, inversion accusatoire, métaphores renvoyant au domaine de la croyance, de la prolifération et de la maladie, refus d’entrer dans le détail des objections, amalgames grossiers entre toutes les différentes théories du complot et les « extrêmes » (droite et gauche), accusations de « révisionnisme » et de « négationnisme ». Sur les centaines et les centaines d’articles, d’ouvrages, discours anti-complotistes que je répertorie depuis un an, je ne suis quasiment jamais tombé sur une production pouvant mériter le qualificatif d’honnête.

Les campagnes anti-complotistes dont le peuple français est régulièrement submergé ont une fonction bien différente de celle qu’elles affichent, qui est de masquer une authentique et vaste conspiration dont les acteurs anti-complotistes sont les complices. La perversité des procédés auxquels ils recourent à l’exclusif est le reflet de l’esprit de perversité inhérent à une conspiration de type « attentats du 11 septembre », la mieux documentée à ce jour. La fonction des dispositifs anti-complotistes, comme les cordons sanitaires et les barrières électriques, est de tenir aussi éloignée que possible des discours des sceptiques la majorité encore confiante, en brossant de ceux-ci à longueur d’articles et d’émissions des portraits propres à inspirer la plus sainte répulsion, en misant sur la mentalité anesthésiée du troupeau qui obéit sur le mode du réflexe conditionné aux aboiements savants des chiens de berger médiatiques et politiques. »

Si vous avez lu l’article de F. Belliot, cela vous semblera familier et pour cause c’est exactement le même texte.

Après les regrettables événements mentionnés ci-dessus, des théories du complot, comme après la plupart des événements de ce genre, ont été avancées comme explication à certains éléments. Le gouvernement a riposté par la mise en ligne du site OnTeManipule, par une campagne éphémère mais intensive sur les réseaux sociaux ainsi que par une vidéo « humoristique » sur le sujet. Cela a été brutal, intensif et malheureusement plein de clichés. Une critique sur le sujet.

L’auteur de l’article fait une erreur en donnant les attributs de cette campagne à tous les auteurs anti-complotistes. Bien qu’il dit en avoir lu des centaines, il fait des généralités sur ceux-ci. Peut-être a-t-il lu  Rudy Reichstadt ou Frédéric Lordon , qui pourtant dans leurs articles respectifs donnent le mot tout de suite : les conspirations, oui ça existe, mais ce n’est pas le problème.

On les accuse d’user des « artifices les plus sales de la rhétorique », avec une liste non exhaustive de ces « artifices » et sophismes. Tout d’abord, certains de ces procédés ne sont pas des sophismes, l’attaque ad hominem par exemple (voir ceci). Juger de honnête ou de malhonnête une production en se basant uniquement sur sa lecture me parait hasardeux. Je ne pourrais pas juger si F.Belliot est convaincu de la véracité de ses écrits, ou si au contraire il pense mentir. Ou alors il se renvoie à une  définition de l’honnêteté différente de la mienne.

Arrive ensuite l’affirmation la plus « bizarre » du texte : Et si tous ces anti-conspirationnistes étaient des conspirateurs ? Outre le fait que cette logique a quelque chose de circulaire, elle impliquerait une coopération de tous les acteurs anti-complotistes, donc de moi. De plus, la qualité des dispositifs anti-complotistes est vue comme une preuve de « perversité » de ceux-ci. Le 11 septembre est alors cité comme exemple de conspiration type : sa perversité n’a d’égale que celle de ceux qui font semblant de la contester.

La diabolisation des auteurs anti-complotistes se fait surtout dans les trois dernières lignes, où les complotistes (aussi appelés sceptiques dans le texte) sont les sauveurs d’une société anesthésiée par les médias et par les politiques dont les anti-complotistes sont les gardiens. Un discours déjà souvent recyclé par les complotistes qui semblent avoir leur propre définition de l’esprit critique et du scepticisme.

On nous surprend avec une tirade sur l’esprit critique

Quand quelque chose est trop beau pour être vrai, vous le savez, un peu comme quand un complotiste – la publication se revendique comme telle – établit un historique de l’esprit critique pendant le tiers d’un article, en nommant des chercheurs, en datant, le tout en hiérarchisant parfaitement et avec un ton parfaitement neutre. C’est que c’est possiblement erroné, surtout quand on tire la totalité de son texte d’un article de Slate. Pour moi, toute cette partie est une habile manipulation qui vise à endormir notre attention afin de nous convaincre plus tard. La partie sur la zététique vient d’un article du Monde.

Ici la critique est difficile puisque c’est une exposition des différents mouvements théorisant l’esprit critique sans prendre partie. Mais sa présence est intéressante car son utilisation dans un tel article peut laisser supposer que son auteur, ou plutôt son agenceur (puisqu’il place des extraits de différents articles pour servir son propos), pense avoir de l’esprit critique. Ainsi les complotistes ont de l’esprit critique selon eux.

Vient ensuite une partie intitulée : « A partir de quel moment le scepticisme devient nuisible »

La première moitié porte sur la méthode scientifique et vient de l’article de Wikipedia correspondant. Son insertion ici nous indique clairement que l’agenceur de cet article pense que la méthode scientifique est de son coté. Puis on passe sans transition à la deuxième moitié portant sur le pseudo-scepticisme. Ainsi, les « complotistes » sont présentés comme des sceptiques, et les auteurs anti-complotistes (qui souvent se revendiquent sceptiques) comme pseudo-sceptiques. A noter que si la source est authentique, la traduction vient d’un autre article.

Cette partie étant particulièrement orientée vers un groupe de personnes, je vais m’appliquer à la démentir. J’ai aussi conscience que les sceptiques extrémistes peuvent exister, mais je corrige le texte suivant selon l’orientation prise par l’article.

« D’après le dictionnaire de l’académie française, un sceptique est quelqu’un dans l’« incapacité de choisir entre deux ou plusieurs propositions, ce qui suspend son jugement. »

Marcel Truzzi (1935-2003) était un professeur de sociologie à l’université d’Eastern Michigan. Il est à l’origine du terme « pseudo-scepticique », utilisé pour décrire une personne recherchant la vérité sur un sujet dont il possède une idée préconçue.

Voici quelques points énoncés par des hommes de sciences et des philosophes qui se sont intéressés au pseudo-scepticisme. Nombre de ces points caractérisent les pseudo-sceptiques, ou, comme l’ingénieur en recherche électrostatique William Beaty les appelle, des « sceptiques pathologiques. » »

Anti-complotistes et pseudo-sceptiques, qui sont-ils?

Ici, si on suit la veine de l’article, les sceptiques sont les complotistes et les pseudo-sceptiques les auteurs anti-complotistes. Quand on cherche la vérité sur un sujet, à mon avis, on en a déjà une idée préconçue qui peut être plus ou moins étendue. Mais cela ne veut pas dire que sa conception de cette idée ne sera pas changée. Donc toute personne qui, en recherchant la vérité, voudrait prouver son idée, serait, selon cette définition et à mon sens, un pseudo-sceptique. Peut être que la confusion vient du fait qu’il n’est pas mentionné que cette idée est fixe.

« 1. Discréditer comme objectif
Le comité scientifique d’évaluation des critiques pseudo-sceptiques sur les phénomènes paranormaux (SCEPCOP), établit qu’« au lieu d’enquêter en profondeur, ou de poser des questions afin de mieux comprendre, les pseudo-sceptiques cherchent davantage à démystifier, discréditer ou tourner en ridicule ce qui sort du cadre de leur pensée. » »

Démystifier c’est un peu notre rôle, et tourner en ridicule, il est vrai, ça arrive, ça n’a rien d’étonnant. Néanmoins, les sceptiques revoient souvent leur position (peut-être moins souvent avec les complotistes).

« 2. Utilisation détournée du langage
Dans un papier publié en 2005 à propos de la découverte d’un site sous-marin près des Bahamas, le mur de Bimini, le Dr. Greg Little, psychologue, constate que des mots tels que « conspiration » ou « new age » peuvent être utilisés pour éconduire certaines théories ou recherches.

« Les sceptiques ont recours à des termes ridiculisants, chargés d’émotions » explique-t-il. Par exemple, le Dr. Greg et l’archéologue Bill Donato ont avancé des arguments quant au fait que le mur de Binimi serait un mur de fabrication humaine. Le Dr. Eugene Shinn, géologue, s’est positionné ouvertement en défaveur de cet argumentaire, le taxant de « new age ». En dépit du fait que les auteurs n’aient jamais présenté leurs recherches en ce sens, il a assimilé leur point de vue à une quête de l’Atlantide.

Le SCEPCOP explique que les pseudo-sceptiques ont « détourné des termes tels que “rationnel, raison, logique, pensée critique” les associant systématiquement à un raisonnement et à des comportements “normaux”, en faveur du matérialisme et de ce qui est orthodoxe. Cela a favorisé l’existence d’un rejet automatique des idées sortant du cadre de pensée “usuel”. » »

Oui, les termes de conspis ou de new-age peuvent être chargés d’émotions, mais le terme « sceptique pathologique » l’est tout autant. Surtout venant d’une personne n’étant pas médecin ou psychologue pour déterminer si c’est une pathologie ou pas. Ne parlons pas du détournement des termes critiques, car je vais sûrement faire un article dessus bientôt.

« 3. Le rejet de la recherche
Des observations, pourtant documentées avec soin, sont souvent rejetées au prétexte d’être « anecdotiques », sans valeur scientifique, explique le Dr. Schwartz. Même si les arguments reposent sur des faits prouvés avec la rigueur scientifique commune, des excuses sont trouvées pour les rejeter.

Le Dr. Schwartz a reçu son doctorat à Harvard, enseigné la psychiatrie et la psychologie à Yale, et est désormais un professeur à l’université d’Arizona. Il se décrit comme un « pseudo-sceptique reformé. » Il explique dans une vidéo postée sur son site internet qu’il émettait tellement de doutes face à des données concrètes qu’il en était irrationnel, « scepto-maniaque. » »

Le rejet de la recherche ? Apparemment ça n’est pas le cas puisque l’on voit partout des personnes demander des sources et d’autres leur fournir, surtout sur les forums sceptiques.
Puis il y a l’argument d’autorité : un doctorant de Harvard vient appuyer la constatation. Mais si vous vouliez l’éviter il aurait fallu faire pareil avec chacun des chercheurs mentionnés ci-dessus en détaillant leurs parcours.

« 4. Des exigences inégales
Dans les discussions en ligne sur le sujet, des interlocuteurs évoquent un traitement inéquitable des argumentaires. Un utilisateur d’HappierAbroad.com a écrit : « Je n’ai jamais fait confiance aux sceptiques, pour la simple et bonne raison qu’ils sont prêts à accepter la version des faits communément acceptée, sans une once de preuve, mais demandent une quantité incroyable d’arguments pour n’importe quelle autre version. »

Un utilisateur de YouTube a écrit : « Ce que les sceptiques peinent à comprendre, c’est que le scepticisme demande d’être sceptique envers sa propre position. Cela ne veut pas dire “être seulement sceptique envers ce que l’on pense être faux”, autrement, nous sommes tous sceptiques, et le terme “sceptique” est vidé de son sens. Un vrai sceptique doute autant de sa position que de celles des autres. » »

Oui, on demande plus de preuves pour soutenir l’affirmation que la terre est plate que pour celle affirmant que la terre est ronde… Mais c’est peut être que dans le second cas il y a déjà une masse de preuves déjà produites tandis que dans le premier il n’y a rien ou peu de chose… Ainsi c’est à celui qui affirme la proposition ne faisant pas consensus de produire des preuves en nombre suffisant pour surpasser celle déjà établie, ou d’invalider les preuves de la théorie admise.

Mais si on suivait les idées d’ « exigences égales », à chaque fois que quelqu’un remettrait en cause une théorie, il faudrait reproduire une masse de preuves en faveur du consensus – alors que ce dernier a déjà été établi par de nombreuses preuves – supérieure à celle produite contre le consensus.
D’ailleurs ici où est l’inégalité?

Comme petit exemple de fait communément admis que les sceptiques remettent en cause : l’existence d’un dieu.

« 5. Définition de la science
Le SCEPCOP écrit à propos des pseudo-sceptiques : « Ils considèrent la science comme une sorte « d’entité » autoritaire prenant position sur des sujets, alors qu’en réalité, ce n’est guère plus qu’un outil, une méthode de recherche basée sur des principes logiques. En réalité, la science ne prend pas position, pas plus qu’elle n’impose de croyances dogmatiques sur des sujets toujours inabordés par les instances scientifiques modernes. Ce sont les gens qui prennent des positions, pas la science, qui recouvre plus de points de vue que mon ordinateur. » »

La science est auto-correctrice et n’a rien d’autoritaire. C’est bien plus qu’un outil, c’est un réceptacle de connaissances en constante évolution. Pour se convaincre qu’elle n’est pas unie, et donc absolument pas autoritaire, il suffit de constater toutes les controverses qui font parties de son histoire. C’est aussi ça, le mécanisme d’auto-correction.

D’ailleurs, de nombreux sceptiques militent pour que la science reste à sa place, et que l’on ne commence pas à faire n’importe quoi n’importe où avec.

« 6.  Les pseudo-sceptiques refusent de se considérer comme pseudo-sceptiques
Le Dr. Schwartz explique que les pseudo-sceptiques vont usuellement sembler ouverts à des idées nouvelles. En revanche, ils ont souvent tendance à réagir hostilement lorsque leurs pré-conceptions sont remises en cause par de nouvelles informations.

Le SCEPCOP établit : « Tous les pseudo-sceptiques pensent être de véritables sceptiques, de la même façon que les vendeurs sous pression prétendent ne pas l’être, que les menteurs et les escrocs prétendent être sincères, et que les politiciens prétendent être honnêtes. Mais comme vous le savez, les actions parlent plus que les mots. » »

Rien de vraiment étonnant : un groupe, quel qu’il soit, n’acceptera bien sûr jamais d’être qualifié par un terme négatif. On peut dire que les Français sont des connards, mais les Français ne vont pas se considérer pour des connards pour autant.

«  7.  Leçons de l’histoire
William Beaty qui apparaît sur des programmes télévisés américains traitant entre autre de phénomène électrostatique, a écrit un papier intitulé « Symptômes du scepticisme pathologique ». Il évoque la tendance des pseudo-sceptiques à oublier que certains principes scientifiques autrefois réputés comme inébranlables, se sont finalement avérés être faillibles, voire avoir complètement faux.

Il mentionne l’existence de « la croyance que certaines parties de la science sont complètes, que les révolutions scientifiques n’arrivent jamais, et que les avancées scientifiques ne peuvent s’établir qu’en retouchant les détails de ce qui existe déjà. » »

L’ingénieur, apparemment expert en scepticisme pathologique (la pathologie est l’étude des maladies, et le pathologique est ce qui a trait à la maladie) et en médecine, nous rappelle le mécanisme d’auto-correction du point 5. Au passage, le titre « Leçons d’histoire » n’est-il pas purement émotionnel ?

« 8. Mimétisme
D’après William Beaty, un pseudo-sceptique ne va considérer un fait comme vrai qu’à partir du moment où une majorité de scientifiques de bonne réputation le reconnaîtront ainsi.

Quand une poignée de scientifiques célèbres tiennent une vue controversée, les pseudo-sceptiques vont ignorer leurs avis, au lieu de remettre en cause leur propre point de vue. « Si d’autres personnes réputées changent d’avis et se mettent à accepter le point de vue non-orthodoxe, les pseudo-sceptiques interprètent ça comme de la crédulité ou de la folie, mais pas comme la preuve que peut-être, ce point de vue pourrait être juste. » »

On appelle cela le consensus scientifique.  La célébrité d’un chercheur ne nous indique pas la qualité de ses recherches, et donc si celui-ci remet en cause le consensus, sa célébrité n’est pas une preuve. Cela n’empêche pas les sceptiques de lire ses travaux et de se forger leur opinion.

« 9. Peur de l’erreur, peur de l’inconnu
Admettre qu’une théorie non-conventionnelle soit vraie, ou puisse l’être, peut troubler le sentiment de sécurité d’une personne. Devoir admettre que ce qui est communément admis, solidement établi, puisse être faux, ouvre les vannes d’une incertitude potentiellement difficile à supporter. William Beaty parle aussi de la « peur de voir ses erreurs personnelles mises sous les projecteurs, et l’habitude qu’ont certaines personnes à cacher leurs erreurs passées. » »

À propos des sceptiques quand au point de vue du Dr. Greg Little sur les murs de Bimini aux Bahamas, celui-ci écrit que « tout ce qui entre en contradiction avec leurs croyances semble perçu comme une menace professionnelle et psychologique. »

Peur, je ne sais pas. Moi, en tout cas, je ne le ressens pas comme ça. Si la magie existait, je serais sincèrement le premier à me présenter pour apprendre à jeter des boules de feu. Mais je demande des preuves pour savoir si je peux le faire. Ceci est mon avis personnel.

« 10. Élévation personnelle
Il est plus facile de gagner en estime de soi, ou de paraître rationnel et intelligent, en discréditant une découverte controversée, plutôt que de risquer sa crédibilité en investiguant sérieusement. »

Vous en êtes sûrs ? Parce qu’affirmer quelque chose dans le sens de la masse n’est pas très gratifiant, alors que contredire l’opinion majoritaire et finalement avoir raison l’est beaucoup plus. Mais encore faut-il avoir raison. Je pense notamment à ces médecins ordinaires, qui après avoir pris position contre les vaccins, ont obtenu une position sur la scène médiatique.

« 11. Nier la subjectivité des scientifiques
Toujours d’après William Beaty, les pseudo-sceptiques sont plus susceptibles de présenter les scientifiques comme étant profondément objectifs, à l’abri de croyances et motivations personnelles. Ils décriraient comme isolés les cas dans lesquels des scientifiques se sont ouvertement montrés subjectifs. »

On sait que les scientifiques, en tant qu’humains, ne peuvent pas être objectifs. C’est justement le but de la méthode scientifique de réduire au maximum les biais, et celui de la pluralité des sources d’éviter les études à but dirigé.

« 12. Évolution du seuil d’acceptation
William Beaty décrit qu’il est courant pour un pseudo-sceptique de changer les pré-requis à partir desquels il considèrera quelque chose comme vrai. Par exemple : « Je le croirai quand X arrivera, » mais une fois X réalisé, le point de vue de cette personne se transforme en : « Je le croirai quand Y arrivera. » »

Fonder sa croyance sur un seul événement est aussi irrationnel que de la fonder sur un trop grand nombre.

Article original : What Is Unhealthy Skepticism ?

Une écriture neutre ? En fait, pas vraiment…

Viennent maintenant des extraits d’articles de Wikipedia sortis de leur contexte : on nous donne la définition de la conspiration, du complot ainsi qu’une liste non exhaustive de conspirations réelles. Cependant, cette liste n’a rien de neutre, certains des complots mentionnés n’ont jamais été confirmés, tel que l’assassinat de Martin Luther King.

Bien que le terme «théorie du complot» est devenu un terme péjoratif utilisé contre quiconque remet en question la version officielle des événements, il y a d’innombrables exemples dans l’histoire de conspirations qui se sont avérées exactes.

Ici, l’idée est que le terme « théorie du complot » sert à discréditer toute personne venant s’opposer à la version officielle. Sauf que non, « les théories du complot » ont certaines caractéristiques que n’ont aucun des exemples cités plus haut. L’existence de conspirations n’est pas mise en doute.

On nous donne ensuite un document qui « atteste » de la création des théories du complot par la CIA. Le sujet a été débunké sur le site ConspiracyWatch. Il donne notamment des conseils aux agents de la CIA pour manipuler leurs interlocuteurs. Cela permet d’enchaîner sur la définition de la désinformation, et de nous suggérer subtilement que ce terme de « théorie du complot » en est un exemple. Un autre exemple donné est celui de Noam Chomsky et de  Edward Herman.

On nous avance ensuite l’idée que la conspiration est quelque chose de nécessaire dans le cadre politique lors de conflits d’intérêts, puis que des gouvernances mondiales on déjà été dénoncées. Une citation est utilisée pour appuyer ces propos :

« As founder of the Trilateral Commission and its current North American chairman, I am usually singled out as the « cabalist-in-chief ». […] Is the commission secretive? Not at all. […] The only part of our proceedings that is « off the record » are discussions at commission meetings, and we keep these private to encourage uninhibited criticism and debate. Is the commission exclusive? Yes, in that we try to select only the most able and outstanding citizens from the industrial democracies. In that context, it is gratifying and not at all surprising that many former members are now Administration officials. »

Sauf que finalement ce n’est pas vraiment un aveu. On m’en a fourni une traduction :

« En tant que fondateur de la Commission trilatérale et de son actuel président nord-américain, je suis habituellement désigné comme« cabaliste en chef ». […] La commission est-elle secrète? Pas du tout. […] La seule partie de nos délibérations qui est «off the record» sont des discussions lors de réunions de la commission, et nous les tenons privées pour encourager la critique et le débat sans entraves. La Commission est-elle exclusive? Oui, en ce sens que nous essayons de sélectionner seulement les citoyens les plus capables et les plus remarquables des démocraties industrielles. Dans ce contexte, il est gratifiant et pas du tout surprenant que de nombreux anciens membres soient maintenant fonctionnaires de l’Administration. »

Le tout est suivi d’un article sur les « false flag », ou « opérations sous faux pavillon ». Mais cela ne me parait pas vraiment pertinent. On dit bien « à la guerre comme à la guerre » pour signifier que tout les coups sont permis. Ici, l’intention de tromper l’ennemi n’a rien d’étonnant.

La succession d’extraits est la suivante : (Site,Page,Sous titre)
Wikipedia: Conspiration: Introduction
Wikipedia: Conspiration: Conspirations historiques
Wikipedia: Conspiration: Complot
Wikipedia: Théorie du complot: Arme rhétorique
Sott: Théoriciens du complot et CIA: genèse du debunking
Wikipedia: Désinformation
Wikipedia: Théorie du complot: Arme rhétorique (dernier paragraphe)
Wikipedia: Théorie du complot: Complots réels et conspirationnisme
Wikipedia: Théorie du complot: Complots d’organisations internationales
Wikipedia: Fausse bannière

Conclusion : soyez complotistes !!!

On arrive à la conclusion de l’article qui est, sans surprise, le découpage d’un autre.

Conclusion

Complotiste, le mot n’existe pas encore dans le Larousse français. Pourtant, il est devenu aujourd’hui un qualificatif on ne peut plus commun pour désigner ceux qui le plus souvent remettent en cause les versions officielles.
De la genèse de l’utilisation de ce terme aux enjeux de compréhensions des évènements politiques, économiques et sociétaux actuels, penchons nous sur une nouvelle façon de voir le monde, à la lumière des nouveaux moyens d’informations.

L’idée générale est que certaines conspirations dénoncées sont des affabulations mais que certaines sont vraies. Chacune doit être jugée sur ses propres faits.

Les humains ont tendance à essayer d’expliquer des événements aléatoires à travers des modèles connus… C’est ainsi que nos cerveaux sont câblés. Par conséquent, nous devons soumettre nos théories de causes à effets à la froideur implacable des faits.

Ridiculiser toutes les théories du complot n’est en fait qu’une tentative de faire taire les critiques du pouvoir. Les riches ne sont pas pires que les autres… mais ils ne sont pas nécessairement meilleurs non plus. Les puissants dirigeants peuvent ne pas être de mauvaises personnes… mais ils peuvent être des sociopathes.

Nous devons juger les puissants individuellement chacun par ses actions, et non par des stéréotypes préconçus qu’ils seraient tous des saints qui agissent dans notre intérêt, ou tous des criminels intrigants.

A partir du moment où notre société fonctionne avec le sceau du secret, où il y a des profanes (ceux qui ne connaissent pas les secrets) et des initiés (ceux qui les connaissent), où on doit cacher des informations à la population (secret défense, top secret…) sous prétexte de sécurité. Dès lors qu’on a des choses à cacher, ou qu’on nous cache des choses il y a lieu de douter, de se poser des questions. C’est logique, rationnel et humain comme réaction. L’inverse est douteux…

Malheureusement, même si l’idée de créer de nouveaux médias est intéressante, les nôtres actuels ayant de nombreux défauts, ces médias dits de réinformation ont tendance à exacerber les défauts des médias traditionnels avec notamment plus de sensationnalisme, et sont utilisés pour faire passer des idées extrémistes. Si ceux-ci prétendent de permettre de « voir le monde », cette vision sera encore plus loin de la réalité que celle des médias traditionnels. Considérer que le complot est l’élément moteur de nombreux faits ne permet pas de les comprendre, au contraire.

Dire que les complots n’existent pas n’est pas raisonnable, donc ridiculiser toute mention de complot ne l’est pas plus. C’est pour cela qu’il y a des personnes qui ne s’attaquent qu’à une théorie à la fois, et qui expliquent pourquoi il est plus raisonnable de pencher pour une vison non-complotiste des faits – les théories du complots étant souvent trop extrêmes pour être réalistes et ne reposant parfois que sur des soupçons. Quant à la distinction des riches et des puissants par rapport au reste du peuple, je n’oppose qu’un seul contre-argument : les pauvres peuvent aussi être de bonne personne comme de mauvaise, et peuvent aussi être des sociopathes. Ici la distinction de cette classe d’élite n’a pas de sens car cet argument peut s’appliquer à l’humanité entière.

C’est vrai, le monde est rempli de secrets. Pour chaque secret, il y a une ou des personnes qui le connaissent, et nécessairement des personnes qui ne le connaissent pas. Mais pour autant est-il nécessaire de connaître ces secrets ? Ils ne sont pas forcement faits pour dissimuler quelque chose au monde, mais peut-être seulement à certaines personnes. Cependant, mettre au courant d’autres personnes augmente le risque de voir l’information parvenir à ceux à qui on voulait la cacher. Ainsi,  il est préférable de maintenir dans l’ignorance l’ensemble des individus pour éviter que l’information ne parvienne à une partie. Il n’est pas raisonnable de se croire cible de tous les secrets et donc de tous les complots. Douter est un acte légitime et nécessaire, mais n’avoir aucune confiance ne rend pas le doute plus productif ni efficace.

« – L’affaire des couveuses koweitiennes
– L’opération Northwood
– L’opération Paperclip
– Valentin Bondarenko
– Le massacre de Katyn
– Rafid Al-Janabi
– L’opération fast and furious
– L’incident de gleiwitz
– Le projet MkUltra
– Les incidents du golfe de Tonkin

Connaissiez-vous toutes ces histoires ? Laquelle vous a le plus surpris ?

A l’heure de la bêtise instituée, des programmes télévisés du service public totalement abrutissants, des journaux détenus par des hommes d’affaires milliardaires aux intérêts connus et critiquables, certains font le choix de s’extraire de ce processus de vidage des cerveaux, de broyage de l’intellect, d’asservissement par la promotion de la stupidité. Certains font le choix de raisonner, ceux-ci sont les complotistes.

Vous l’avez compris, le complotiste n’est en réalité rien d’autre qu’un citoyen lambda qui a décidé de réfléchir. Pas de haine, pas de frustration, de névrose, de paranoïa, de folie furieuse ou d’idées dangereuses chez le complotiste, simplement la volonté de savoir, de comprendre et de…dire, écrire, réinformer.

Difficile à admettre pour les professionnels de la désinformation, mais ils – les complotistes – sont des gens normaux. Tellement normaux que les diaboliser à outrance devient indispensable pour ne pas éveiller la curiosité de la masse amorphe des français qui se complaisent encore dans leur effrayant vide intellectuel.

Qu’ils aient raison sur tout ou tort parfois, saluons le courage des complotistes connus et anonymes, ceux qui agissent dans l’ombre et la lumière, offrons leurs les fleurs du mal, c’est-à-dire de l’attention, de la considération, un peu d’intelligence et surtout de la réflexion dans notre monde empli de mensonge et de bêtise. »

Certains sont conscients du caractère peu rationnel de notre société et donc par extension, de beaucoup de choses comme de la télévision, des médias ou des campagnes politiques qui usent de l’émotion pour nous convaincre. Mais pour autant faut-il présupposer l’existence d’une volonté malveillante dans ce constat ? Les individus sont réceptifs plus à l’émotion qu’à la raison, donc les médias utilisent le plus efficace des deux et c’est souvent ce que les gens veulent.

Les complotistes n’ont rien de déséquilibré, ce sont souvent des gens normaux qui se sont fait convaincre par des arguments fallacieux utilisés par des manipulateurs, mais aussi par des personnes qui n’ont pas conscience de la nature de leurs arguments. Il est inutile de les diaboliser, mais les théories du complot peuvent être dangereuses et donc indirectement ceux qui les propagent (même inconsciemment) le sont aussi un peu.

« Source: fr.wikipedia.org / lemonde.fr / fr.sott.net / idpolsite.wordpress.com / bvoltaire.fr /slate.fr »

Vu que l’article est un assemblage d’extraits, je n’appellerais pas cela des sources mais des articles originaux…

Manipulation de l’information, manipulation de la personne…

Si vous avez lu cet article en entier avant de me lire peut-être avez vous senti un certain malaise comme certains (y compris moi).

Il y avait dans cet article des choses contre lesquelles on ne voit rien de mal, avec une écriture globalement neutre une fois passée la tirade anti-anti-complotistes (je sais, c’est bizarre). Mais cela vient d’un savant mélange d’articles neutres et d’articles à charge. Grâce à la baisse d’attention, due aux extraits neutres et au contraste avec l’écriture de F. Belliot qui est assez agressive, on nous fait passer la pilule avec de petits passages militants. En sortant les extraits de leur contexte et en les réagençant les uns par rapport aux autres, l’article suggère un nouveau schéma logique entre chaque extrait que l’on prend pour un tout. Une ruse intelligente car c’est notre cerveau qui fait pratiquement tout, en suggérant des liens logiques. Mais peut-être faut-il rappeler à l’auteur de cet article que sortir les informations de leur contexte est une forme de manipulation de l’information.

Je pense que cet article est extrêmement dangereux, car très persuasif même si l’on se méfie. Il instille un soupçon de malaise qui semble venir de nulle part. Pourtant il n’a demandé que peu d’efforts d’écriture, il n’y a nul besoin d’être doué pour créer un tel article, n’importe qui ayant compris le truc pourrait le faire.

Mais finalement, l’anti-conspirationnisme est-il une fraude ? L’article ne nous le dit pas, seul l’extrait de F.Belliot nous en parle. Toutefois, les complotistes y sont présentés comme les vrais sceptiques, d’abord par opposition aux anti-complotistes, puis aux pseudo-sceptiques. Le complotiste est ensuite valorisé, car lui seul fait preuve de recul critique devant la désinformation ambiante. Le complotiste vaut donc mieux que les autres. Nous avons ici un article fait pour conforter les complotistes dans leurs opinions.

Je termine donc par un petit conseil : lorsque l’écriture ne vous semble pas directement orientée, analysez les liens logiques au fil du texte. Ceux-ci peuvent l’être.

Le sujet a déjà été discuté sur ce fil du groupe Facebook Zététique 

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2 réflexions sur “La « propagande » conspirationniste est-elle une fraude ?

    1. Mon prochain article portera sur le pseudo-scepticisme comme vous pouvez le voir tout en bas des pages. Il y a peu de zététicien qui semblent connaitre Marcello Truzzi alors qu’il est a mon avis incontournable (sans avoir besoin d’adhérer a ses idées)

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