A l’heure où le consensus scientifique n’est plus un consensus que pour les scientifiques, et où des hurluberlus arrivent enfin au pouvoir pour populariser cette « vérité alternative » déjà si chère à beaucoup, les mythes modernes vont bon train. Oui, désolé, la « règle des 5 secondes » qui vous permet de récupérer votre tartine tombée à terre avant qu’elle ne soit contaminée par toutes les vilaines bactéries de votre cuisine, la science a tranché, c’est du flan. Mais avec un peu d’épaississant et d’habileté, on peut faire ressembler ce flan à un gâteau basque. C’est pourquoi certaines croyances ont la vie dure, d’autant plus que ce sont des scientifiques, des vrais, qui en ont fait la pâte.

La réapparition d’une de ces grandes figures dans l’univers médiatique a été l’occasion de revenir sur sa vie et son œuvre. Ce début Février 2017, Luc Montagnier est invité à une opération anti-vaccination au Parlement Européen. En ses qualités de professeur émérite à l’Institut Pasteur, directeur émérite de recherches au CNRS et de lauréat d’un Nobel de médecine, il a tout l’air d’être un choix pertinent comme représentant scientifique. Ce qu’il fut sûrement. Depuis une bonne décennie, son imagination semble lui inspirer pas mal d’idées farfelues, et prendre le pas sur la réalité, la réalité cruelle, celle qui contamine les tartines tombées. Qu’entends-je ? Qui sommes-nous, qui n’avons même pas de prix Nobel, pour oser douter des travaux aboutissant de toute une vie de recherches ? Des sceptiques. Et justement, le doute, tel un couteau, nous le voulons bien aiguisé. Il vient alors à bout des croûtes brûlées les plus épaisses. Sous la croûte de Mr. Montagnier (aucun rapport avec son âge vénérable), nous allons voir que s’agitent des vagues de foutaises mal cuites, d’une grande amplitude sur l’échelle de Grimault.

La grimpette de petit Montagnier

Si Luc Montagnier avait eu à l’idée de développer un vaccin anti-contamination-des-tartines, il n’aurait pas lâché l’affaire avant de le trouver. L’homme est pour sûr un grand philanthrope aux ambitions louables et globales.

Il naît quasiment en même temps que la discipline qui le conduira à sa vocation de virologue : la biologie moléculaire. Combinant la génétique, la biochimie et la physique, cette approche le rend incroyablement fécond dans ses recherches. Il fait sa première découverte à 21 ans, puis devient assistant à la faculté de sciences de Paris. A 27 ans, il intègre le CNRS, et entre deux stages en Grande-Bretagne, il enchaîne les découvertes sur les rétrovirus. Entre autres et pas des moindres, il découvre chez un rétrovirus un mécanisme de réplication à ARN analogue à celui par ADN, alors que la structure de l’ADN n’avait été dévoilée que dix ans auparavant. Un petit génie, on vous le dit.

Loin de se reposer sur ses lauriers, il crée en 1972 l’unité d’oncologie virale à l’institut Pasteur qu’il dirigera jusqu’en 2000. En 1975, il s’associe avec Jean-Claude Chermann et Françoise Barré-Sinoussi (spoiler alert : retenez leur nom, on les retrouvera plus loin) dans la recherche et l’étude de rétrovirus infectant les humains. Leur collaboration porte vite ses fruits puisqu’en 1983, l’équipe découvre le virus du sida, rien que ça ! Cela leur vaudra un prix Nobel qui… ah… oups, on me dit dans l’oreillette que vous attendrez la fin de l’étalage des louanges pour connaître les détails de l’affaire. Oui ça pique.

Toujours est-il que le domaine de recherche de Luc Montagnier et ses préoccupations sur la santé publique lui valent d’être nommé chef du département « Sida et rétrovirus » lors de son ouverture à l’Institut Pasteur. Il crée dans la foulée la Fondation Mondiale de Prévention et Recherche sur le Sida en collaboration avec l’UNESCO, dont suivent des centres de recherche sur le sida à Abidjan et au Cameroun. L’année suivante, en 1994, il lance le premier Sidaction. Il participe également à de nombreuses conférences de lutte contre la propagation du sida en Afrique. Vous l’aurez compris, c’est un pionnier, un vrai découvreur, qui a été au front d’une lutte se poursuivant depuis. Il est par ailleurs récipiendaire d’assez de prix scientifiques pour en recouvrir entièrement sa cheminée. Étant auteur ou co-auteur de 350 publications scientifiques, détenteur de 750 brevets, fondateur de plusieurs compagnies de biotechnologie aux États-Unis et en France, c’est un euphémisme de dire que la recherche sur le sida lui doit beaucoup.

Le bug de l’an 2000

Il est impossible de savoir exactement ce qui s’est passé dans la tête de ce monsieur, pourtant si érudit et rodé à la méthode scientifique, vers le début des années 2000. Dans un soucis de clarté rédactionnelle, les faits ne sont pas exposés ici chronologiquement, mais plutôt par thème.

Luc, tu n’es pas le père

La première affaire intéressante le concernant, c’est celle du fameux prix Nobel, relayée à différents degrés d’exhaustivité par les médias. Avant les détails, rappelons seulement que le prix Nobel de médecine a été attribué en 2008 à Luc Montagnier et Françoise Barré-Sinoussi pour la découverte du virus du sida, Jean-Claude Chermann étant absent du palmarès. La plupart du temps, les articles de presse traitant du prix mentionnent Chermann, le qualifiant de « grand oublié », et ça s’arrête là. C’est déjà pas mal, car il ne faut pas oublier que les articles scientifiques associés aux découvertes récompensées (et les articles scientifiques en général) sont co-signés par toute une équipe de chercheurs, qui ne seront jamais connus du public malgré leurs apports. Mais bon, on n’a pas 36 pages à accorder à tous ces noms. En revanche, la moindre évocation médiatique du Pr. Montagnier est depuis accompagnée de son Nobel, souvent sans sa collaboratrice officielle. On nous rabâche ce prestige, qui est en plus concevable par n’importe qui : tout le monde est sensibilisé au sida, on connaît l’importance de la lutte et ses enjeux. Ce petit macaron fait partie intégrante du personnage, et joue comme un argument d’autorité bien lourd dans l’opinion publique et les médias.

Il suffit cependant de creuser un tout petit peu pour relativiser sa paternité de la découverte. Cela n’a pas vocation à discréditer les compétences scientifiques du bonhomme (après tout, il n’est pas à une découverte près), mais à mettre en lumière la perfidie de son utilisation, qu’il revendique lui-même.

Les recherches qui s’avèreront cruciales commencent en 1982, au sein de l’institut Pasteur, avec une équipe comportant Françoise Barré-Sinoussi et Jean-Claude Chermann. Ils travaillaient sur un rétrovirus impliqué dans des symptômes inédits, pour la première fois observés aux États-Unis. Lorsqu’ils parviennent à isoler le rétrovirus, ils le renvoient de l’autre côté de l’Atlantique, pour demander son expertise à Robert Gallo, une autre pointure dans le domaine à l’époque. La course est alors lancée pour la mise au point d’un test de dépistage, ce que l’équipe française réussit, suivie de peu par les américains. Mais Gallo alimente une controverse sur la paternité de la découverte, et Montagnier devient alors directeur des recherches de l’équipe de l’institut Pasteur pour défendre les français. En 1986, c’est Jacques Chirac (premier ministre) qui décide d’établir un accord de co-découverte franco-américain, que Chermann signe contraint par Montagnier. En réalité, c’est par chez nous que les travaux ont abouti en premier, de l’isolement du rétrovirus au séquençage de son génome, ce que le Nobel reflète. Voilà pour la petite histoire dans les grandes lignes, qui varie légèrement selon les sources.

Il n’empêche que Chermann, cachant à peine son indignation par rapport à son écartement du prix Nobel, est avec Sinoussi le principal responsable de la découverte. Dans une interview, il dénonce les agissements de Montagnier, qui ne s’est greffé à l’équipe que tard. Chermann ne voulait pas signer l’accord franco-américain, mais Montagnier l’y a obligé, ce qui a pu valoir à celui-ci une reconnaissance dans les hautes sphères politiques impliquées. Deux ans plus tard, en 1988, Chermann démissionne de l’institut Pasteur pour poursuivre ses recherches sur le sida de son côté, car il reproche l’hégémonie de Montagnier en tant que directeur du département. Il pense également que son accaparement médiatique a rendu sa nomination au Nobel inévitable. Le livre de Chermann revient sur ce qui semble être une usurpation assumée de découverte.

On comprend alors le tollé en réaction à l’annonce de ce Nobel, attendu 25 ans par l’équipe. En effet, il n’y a que trois places pour ce prix. En 2008, ce sont Sinoussi, Montagnier et le découvreur du papillomavirus qui y sont désignés. Lors d’une conférence de presse dont Montagnier s’excuse de l’absence, Sinoussi regrette que Chermann n’ait pas été co-récipiendaire. Le sentiment d’injustice est général, jusqu’à Sarkosy qui promet de financer Chermann dans ses recherches.

En attendant, l’histoire oublie les seconds, et c’est Luc Montagnier qui bénéficie de l’autorité du prix Nobel. Alors qu’il a incontestablement fait avancer la connaissance des rétrovirus à grands pas, puis spécifiquement sur le sida après sa découverte, on ne retient souvent de lui qu’une distinction dont le mérite est à relativiser. Quelque part, c’est sans importance : une fois de plus on démontre que le grand public ne se focalise pas sur ce qu’il faut. Le problème est l’utilisation que Montagnier fait de cette focalisation. Bien qu’aujourd’hui la communauté scientifique ne le prend plus au sérieux, les politiques et l’opinion publique lui accordent un crédit inconditionnel. Il a par exemple été entendu comme témoin dans l’affaire des hormones de croissances, et ses déclarations sont largement répandues par la presse, trop souvent sans aucun recul critique. Le plus grave est sûrement son grand projet, qui tombe presque malgré lui dans la dérive sectaire.

Le nouvel espoir des vagues fantômes

Il n’y a, tout compte fait, qu’une seule autre affaire d’une ampleur comparable à celle nu Nobel dans sa carrière, mais c’est un tel tsunami que ses répercussions en sont désastreuses et multiples. Vous avez certainement déjà entendu parler de « la mémoire de l’eau » : c’est ce concept qui est au centre de tout. Tout ! Une explication monocausale vous dites ? Mais nan, c’est Montagnier qui a commencé ! Pour vous le montrer, une petite rétrospective s’impose…

L’origine du début se passe au laboratoire-bungalow préfabriqué de Jacques Benveniste, en 1988. Cet immunologue reconnu vient d’aboutir à la soi-disant découverte de la mémoire de l’eau, ce qui est relayé par Le Monde (avec moult sensationnalisme) puis le lendemain par Nature (avec moult doutes). Nature, justement, trouve cela tellement étrange qu’un comité formé du directeur de la revue, un expert en supercherie scientifique et James Randi, prestidigitateur, est dépêché pour examiner les expériences de Benveniste. Malheureusement pour Benveniste, les tests échouent devant les grands méchants sceptiques. La légende veut qu’il en soit mort de tristesse. Bon, cette affaire a été démystifiée, Henri Broch a écrit dessus, autant dire que c’est considéré classé pour tous les scientifiques.

Tous ? Non, un petit homme tient l’hypothèse encore et toujours dans son cœur. En 2005, Luc Montagnier accompli un passage de relai en reprenant les travaux de Benveniste, mort l’année précédente. Il est décidé à prouver la mémoire de l’eau à l’aide des techniques modernes, s’associe avec Jamal Aïssa, un ancien collaborateur de Benveniste, et va jusqu’à s’installer dans les vieux locaux de celui-ci.

Les expériences menées par Montagnier diffèrent cependant de celles de son prédécesseur [lien de l’article plus loin]. Pour faire simple, la théorie de la mémoire de l’eau stipule que l’eau enregistrerait les ondes électro-magnétiques (EM) émises par les molécules qui y sont plongées, car ces ondes « construiraient » des nano-structures dans l’eau, des copies fantômes des molécules. Tout corps dont la température est supérieure au zéro absolu émet bien un rayonnement EM, ça c’est vrai. Le coup des nano-structures, c’est plus chaud à avaler. Pour le prouver, l’expérience n’est pas si compliquée, et repose sur une technique employée par la police scientifique. Il s’agit de mettre des molécules d’ADN dans un tube d’eau (qui provoqueraient l’apparition de nano-structures identiques), puis d’effectuer des dilutions jusqu’à ce qu’il n’y ai plus aucune molécule d’ADN dans cette eau. Ensuite, les ondes EM en provenance du tube sont mesurées : à présent, ce seraient les nano-structures qui les émettraient puisqu’il n’y a plus d’ADN présentes dans l’eau. Un fichier numérique est produit à partir de l’enregistrement, ce qui permet de reproduire les ondes, et de les retransmettre à un autre tube d’eau pure, ce qui selon l’hypothèse reforme les nano-structures dans cette eau. Finalement, on introduit dans ce tube des nucléotides et une enzyme polymérase. Les nucléotides sont les briques élémentaires de l’ADN, et la polymérase est capable de les assembler pour reconstituer tout un brin d’ADN à partir d’un fragment de celui-ci. Elle utilise le fragment comme modèle (incomplet) pour reconstruire toute la structure (complète). Ici, ce sont les hypothétiques nano-structures qui serviraient de modèle à la polymérase. En analysant le tube, on cherche les traces d’ADN et on les compare à celui d’origine.

Voilà pour le protocole tel qu’établi par l’équipe de Montagnier. Il est relativement simple, facile à comprendre, et ne requière pas de manipulation particulièrement compliquée. Attention, la complexité n’est pas a priori un critère de jugement, une expérience simple peut être à l’origine de grandes découvertes ! La légende veut qu’Eratosthène ait calculé la circonférence de la Terre en comptant les pas d’un chameau… Derrière un protocole simple se cachent des raisonnement complexes ou d’autres découvertes moins évidentes : les grecs étaient balèzes en maths, et il a bien fallu découvrir et détailler la réaction en chaîne par polymérase pour pouvoir permettre à Montagnier de l’utiliser. Il est plus pertinent de juger Montagnier sur des critères plus solides, pour éviter d’alimenter la bataille idéologique et ne pas s’abaisser à son niveau. Il se plaint par exemple du rejet par principe de la validité de ses travaux, car ils sont liés à la triste histoire de la fraude de Benveniste. On peut l’entendre dans un documentaire de France 5 tourné en 2009, aux côtés d’autres discours fallacieux. Benveniste disait déjà que ses recherches dérangeaient par leurs « résultats déviants ». Franck Nouchi, un ami journaliste de Benveniste qui avait infiltré le laboratoire pour surveiller le comité d’expertise de Nature, est persuadé que ce comité à fait échouer les tests. Un certain Jacques Testard déplore qu’aucune institution ne finance Montagnier, par peur qu’il soit combattu par « la science », et que de toute façon, même s’il découvre quoi que ce soit, il sera rejeté à cause de son âge. Oui, ça sonne un peu complotiste tout ça. Encore une fois, ça ne veut rien dire, quelques sophismes de bas étage ne permettent pas de se soustraire à la responsabilité d’un examen objectif.

Alors, que vaut vraiment son protocole ? Dans le documentaire de France 5, l’expérience a été menée devant les journalistes. Si ces derniers ont pu être abusés ou rater des détails, il n’est pas déraisonnable de leur accorder la bonne foi. Premier fait amusant : Montagnier demande aux journalistes d’éteindre leurs téléphones portables et d’échanger leurs lourdes caméras par d’autres plus petites. Il fait aussi remarquer qu’il espère que le nombre de personnes présentes dans le labo ne va pas troubler le test par l’émission d’ondes EM. Là, c’est clairement un manque de rigueur, quand on prétend effectuer des tests contrôlés, que de laisser une telle part d’incertitude à autant de facteurs ! Même en admettant que les conditions des tests précédents aient été parfaites, comment savoir si les résultats, positifs ou non, obtenus cette fois-ci, ne sont pas des artefacts ? Hum, continuons. Ce sont donc, pour cette expérience, des fragment d’ADN du virus du VIH qui ont été introduits dans l’eau, pour être ensuite dilués. Pour créer les conditions de double aveugle, un des journalistes va poser seul des étiquettes sur dix tubes ne contenant que de l’eau pure, et dix tubes contenant la dilution (ayant contenu, mains ne contenant plus d’ADN). Jamal Aïssa s’occupe d’enregistrer les variations du champ magnétique, en posant chacun des tubes sur une petite plateforme reliée à son ordinateur. Il trouve des variations significatives pour deux des tubes, et le journaliste lui certifie que les étiquettes correspondent à deux des dilutions. Aïe. Entendre le témoignage du journaliste au moment crucial, ça fait bien à la télé, mais ce n’est pas rigoureux dans le protocole. Il vient de faire tomber les conditions de double aveugle en plein milieu de l’expérience. Je n’en dis pas plus, on en n’est pas encore à spéculer sur l’honnêteté des chercheurs, mais qui sait ce qu’ils pourraient faire de ces informations, intentionnellement ou non ?

Lors de la deuxième phase du test, le fichier numérisé des signaux EM est envoyé à un laboratoire italien de l’université de Benevento, et réceptionné par le professeur Vittorio Coluantoni, qui se présente comme sceptique et ouvert d’esprit. En revanche, c’est le professeur Giuseppe Vitellio, de l’université de Salerno, qui va effectuer les manipulations de la phase 2. Vitellio a co-signé des publications et participé à des colloques sur la mémoire de l’eau avec Montagnier, c’est lui un fervent partisan. Il va donc placer un tube d’eau pure dans une bobine magnétique qui l’isole du milieu extérieur, et lui transmet les ondes synthétisées à partir du fichier, ceci une heure durant.

Une biologiste s’occupe ensuite d’introduire les nucléotides et l’enzyme polymérase dans ce tube. Si de l’ADN est synthétisée, c’est que la polymérase a bien disposé d’un modèle à disposition pour en reproduire, que ça soit de vraies molécules d’ADN ou les hypothétiques nano-structures. Dans le documentaire, il n’y a pas de traces d’un quelconque dépistage de contamination. Enfin, le tube est analysé pour détecter la présence d’ADN. Et là, oh surprise, il y en a. Mais on ne voit pas non plus les manipulations qui ont permis de produire les images qui s’affichent à l’écran de l’ordinateur de Vitellio. Les voir n’aurait rien prouvé, et ne pas les voir ne prouve rien non plus, c’est tout de même gênant que l’expérience s’opacifie au fur et à mesure que le documentaire avance…

L’étape finale est bien sûr la comparaison des séquences de l’ADN introduit et dilué par Montagnier avec celui obtenu par PCR chez Vitellio. On saura seulement que c’est un « laboratoire indépendant » qui s’en charge. Pas de pays, de nom, mais directement Montagnier annonçant qu’il vient de recevoir les résultats : 98% de ressemblance, ce qui est suffisant pour confirmer que la séquence d’ADN a bien été copiée en Italie. La marge d’erreur, étant donnés les nombreux intermédiaires, semble acceptable. L’erreur de réplication fait d’ailleurs partie intégrante du vivant, il arrive aussi que vos polymérases se gourent, ça s’appelle une mutation.

Évidemment, un résultat si surprenant annoncé de la sorte ne pouvait qu’être repris dans les médias à grands renforts de titres très parlants, sans la nuance exemplaire dont avait fait preuve Nature avec Benveniste. Un documentaire TV n’a pas forcément à se montrer parfaitement objectif dans son traitement du sujet. Si son but est d’exposer une théorie, et le point de vue d’un groupe de chercheurs, il peut très bien faire l’impasse sur le reste de l’avis scientifique. D’autres médias, quand ils relaient l’information, commettent parfois l’erreur de penser qu’elle a déjà subi une vérification et une revue des pairs. Ou alors ils délaissent complètement cet aspect, et tapent dans ce qui fait vendre. Ainsi, par exemple, un article cite et paraphrase le documentaire de France 5 sans jamais y faire référence.

Le minimum syndical du travail des journalistes est faisable par n’importe qui. Un documentaire ou une interview, quelle qu’en soit la qualité, n’est pas un article scientifique. En se contentant d’aller chercher la publication issue des expériences de Montagnier, les premiers « vrais » problèmes surgissent. Le papier a été envoyé à une revue présidée par Montagnier et dont l’éditeur en chef est professeur à l’université de Shanghai Jiao Tong (que Montagnier a intégré grâce à sa réputation). Dans les co-signataires, on remarque Jamal Aïssa et Jean-Luc Montagnier, respectivement l’ancien assistant de Benveniste et fils de Montagnier. Cette publication est issue d’un véritable circuit fermé, entre tenants de toujours, famille et collègues flattés de collaborer avec un Nobel. C’est fallacieux, mais c’est tentant et plutôt réaliste de supposer que cette petite bulle a facilité l’acceptation de l’article. Il a été reçu le O3 Janvier 2009, corrigé le 05 et accepté le 06. C’est proprement exceptionnel pour une publication scientifique ! Le processus de peer-reviewing est normalement d’autant plus long que la découverte est importante. Lors de la découverte des ondes gravitationnelles, par précaution, les expériences et les calculs avaient dus être refaits, la publication et sa médiatisation avait été très supervisée par les chercheurs eux-mêmes pour éviter les déformations. Montagnier n’a pas juste laissé couler la « mémoire de l’eau », il a substitué l’entonnoir du processus par un tuyau d’arrosage.

Il y a fort à parier que jamais l’article n’aurait survécu à un réel examen. Il n’y a pas de sections indépendantes pour la méthode et les résultats et les fautes d’anglais fréquentes (un relecteur scientifique les aurait possiblement laissé passer, pas un correcteur se focalisant sur la syntaxe). Les figures sont soit des schémas ridicules, soit des captures d’écran (avec l’interface de Windows visible) montrant des courbes directement sur les logiciels d’enregistrement, sans annotations ni mesures chiffrées. Il est impossible d’analyser quoi que ce soit. Au niveau des références, deux ont pour premier auteur Benveniste, une est co-signée par Vitellio, deux autres par Montagnier. S’il est fréquent de reprendre ses propres travaux comme base, ici c’est presque grossier, car sur un total de 10 références, la proportion sujette au doute est importante. Autre point gênant : au début de l’article, il est fait mention d’observations d’une régénération de microorganismes dans un fluide qui en avait été stérilisé par filtration, puis de la découverte que les filtrats produisaient des ondes EM. Ce sont deux allégations extraordinaires, et aucun détail n’est donné à leur propos : pas de référence ni de méthode expérimentale. En fait, on peut légitimement se demander si ça n’a pas été inventé pour servir de point de départ aux expériences décrites plus haut, et rendre la démarche circulaire.

En plus de l’aspect douteux des travaux sus-cités, des risques probables et des incohérences les entachent. En premier lieu, la contamination en ADN est très dangereuse en PCR, car une seule molécule suffit pour fausser les tests. De l’ADN différent de celui que l’on cherche à amplifier peut s’introduire facilement dans les tubes et entrer en compétition avec lui. Même si Montagnier affirme que les tubes d’eau pure sont utilisés pour contrôler cette contamination et qu’ils sont tous négatifs, il relativise en parlant de « contamination magnétique » due aux autres tubes, aux humains et aux machines autour. Il invoque une justification qui suppose l’existence de l’effet qu’il cherche à prouver : c’est un magnifique raisonnement circulaire. De plus, le fragment d’ ADN de VIH utilisé dans les tests (un TLR) est une séquence qui se retrouve chez beaucoup d’organismes, notamment dans la moitié du génome humain. Ainsi, une contamination provenant d’humains, largement possible, aurait aboutie aux mêmes résultats. En admettant que l’ADN synthétisé au laboratoire italien soit bien celui propre au VIH, la contamination a pu se faire au sein du laboratoire, qui a sûrement manipulé le virus pour effectuer des tests de contrôle.

Montagnier instaure un flou dans les étapes à la base de ses expériences. Une filtration de la solution contenant les molécules d’ADN est supposée n’en laisser aucune passer. Or, des calculs certifiés corrects par lui-même estiment que 17 000 molécules sont présentes dans la dilution à 10^-6 (c’est-à-dire le volume original dilué à 1/10000000). Les dilutions ont-elles donc pour rôle d’éliminer de vraies molécules ou des nano-structures ? Encore mieux : Montagnier a prétendument détecté des signaux EM dans les dilutions à 10^-9 et 10^-12, dans lesquelles il n’est plus censé y avoir ni molécules ni nano-structures. Si ce genre de calcul semble opaque, c’est qu’il l’est rendu par l’ajout de conjectures auto-démontrées, et finalement on perd de vue ce que l’on calcule.

Enfin, le dispositif d’acquisition des données demande à être révisé. Le capteur d’ondes EM et la bobine pour les reproduire avaient été développés par Benveniste. C’est une omission déplorable que de ne pas chercher à évaluer l’efficacité de ces appareils. Le capteur n’a jamais fait preuve d’un réel fonctionnement, et la bobine n’est pas si différente de l’amplificateur d’un téléphone portable. D’ailleurs, ce matériel nécessite l’intervention de Jamal Aïssa pour rendre des résultats positifs. Sans lui, les expériences échouent systématiquement. Ce n’est peut-être pas sa faute, mais simplement du à des habitudes prises avec Benveniste, qu’il réplique fidèlement depuis.

Contrairement à ce que prétend Montagnier, la communauté scientifique n’est pas totalement fermée à ses idées. En fait, ça l’arrangerait bien. C’est comme ça que le questionnement scientifique fonctionne, malgré sa tendance à s’ériger en martyre. Il y a toujours une évaluation critique selon les connaissances de chacun. En effet, beaucoup de points tendent à décrédibiliser la chose a priori, mais certains ont réagi à son appel à l’émotion, et ont cherché plus loin. Des biologistes moléculaires lui ont envoyé un email dans lequel ils proposent des manipulations relativement simples pour lever les incertitudes des expériences et des résultats. Il n’a jamais répondu, et la tentation est forte d’ajouter « évidemment ». Montagnier semble volontairement se détourner de la bonne façon d’étudier son sujet. Dans les références de son article, on trouve notamment une étude publiée dans Nature qui contredit ses conclusions, et ceci dès l’abstract : des variations de structure de l’eau induites par des vibrations s’effacent en 50 femtosecondes, ce qui n’est pas perceptible humainement.

L’ancêtre contre-attaque

L’importance de montrer que la théorie de la mémoire de l’eau est fumeuse, et qu’elle se noie toute seule à la fois dans ses postulats et dans ses conclusions, est réelle. Descendre un monsieur vénérable n’est bien sûr pas un but honorable. Mais ce que ses recherches impliquent est sérieux, et mérite toute l’attention de la communauté scientifique et du public. Si elles s’avéraient justes, ce serait pour le meilleur. Cela reste à prouver. En attendant, leur application est désastreuse et nuisible.

Ésotérisme en eaux troubles et papaye papale

En effet, Montagnier aspire à un changement de paradigme en médecine, grâce à ses travaux. Aujourd’hui, étant donnée la somme des connaissances médicales, qui se croisent avec celles de beaucoup de domaines scientifiques, une telle prétention demanderait à être soutenue plus solidement que par un brouillon d’article. « Nous devons nous incliner devant les faits », dit-il. Oui, à condition d’établir clairement leur existence, et de les rendre reproductibles. En particulier s’il s’agit de traiter des malades, l’efficacité se doit d’être au rendez-vous.

En premier lieu, une capacité de diagnostic pourrait découler du « paradigme médical Montagnier » (c’est moi qui ai trouvé ça, ça claque non?). Si vous avez bien compris le principe de la mémoire de l’eau, il serait possible de déceler des maladies chez des patients uniquement par l’analyse de leurs émissions EM. Le signal de chaque bactérie serait caractéristique et identifiable, donc le diagnostic serait sûr à 100%. Montagnier va plus loin encore : comme il pense que les maladies chroniques sont d’origine bactérienne (si si, c’est dans le documentaire), elles seraient alors détectables de la même manière. Et hop, encore une affirmation qui va à l’encontre de tout ce qu’on sait. Elle est pratique, car cohérente avec le reste de son système, mais tout aussi dénuée de preuves.

Ensuite, logiquement, il serait envisageable de guérir par les ondes. Selon la théorie, toute molécule a un signal caractéristique identifiable et reproductible, et l’eau est capable, à condition d’être en présence des bons composants, de re-synthétiser ces molécules en étant soumise aux ondes. Ainsi, en enregistrant les signaux de molécules actives, en les amplifiant et en les communiquant à un patient, il synthétiserait lui-même avec son eau corporelle le médicament à l’intérieur de ses cellules. Avouez que ça fait rêver, le nombre d’applications est conséquent. Au moins autant que celui de présupposés non démontrés. Reste que Montagnier est convaincu de leur validité. Notamment, l’origine bactérienne des maladies telles qu’Alzheimer et l’autisme lui permet de trouver des remèdes là où les autres échouent. Il est tombé dans le mythe des aliments antioxydants, qui sont supposés guérir naturellement en retardant le stress oxydatif des cellules. C’est une croyance qui semble basée sur un fonctionnement biochimique complexe, et qui est partagée justement parce qu’on pense y comprendre quelque chose. En fait, le sujet ne fait actuellement pas consensus, mais il est certain que ces « alicaments » n’ont pas l’effet magique qu’on leur attribue. Montagnier contribue à leur aura, encore une fois à l’aide de son autorité, quand il les prescrit au pape ou comme traitement contre le sida. Selon lui, très sérieusement, tous les problèmes des maladies chroniques peuvent être réglés par un mix d’ondes et de bon aliments boostant le système immunitaire. Sur la question de l’autisme en particulier, en passant sur sa confusion entre une épidémie et un dépistage plus efficace, il avance que la maladie provient d’une faiblesse immunitaire laissant passer des bactéries dans le sang, et induisant du stress oxydatif.

Oui, cet homme, qui un temps a fait trembler le sida, fait maintenant peur aux médecins s’occupant d’infectés du VIH, d’autistes, et d’autres maladies graves. Par désespoir, certains décident de changer leur traitement pour suivre de nouvelles voies qui semblent prometteuses. Bien que les thérapies réellement efficaces ne soient pas incompatibles avec le fait d’absorber des ondes ni de manger des brocolis, le combat médiatique crée une opposition entre deux visions médicales, et appelle à choisir son camp. Le biais consiste à se dire ouvert d’esprit, et à adopter un courant stigmatisant une science archaïque et dogmatique.

Par manque de patience, par perte de confiance dans les traitements « classiques », par une mauvaise compréhension du fonctionnement des traitements, la conversion à des idées dites révolutionnaires est normale. Un personnage comme Montagnier, qui vire clairement dans la pseudo-médecine, fait risquer une obscure confusion à de nombreux patients et médecins qui n’iront pas regarder ce qu’il y a derrière l’écran de fumée qu’on leur présente.

Des vaguelettes au tsunami

Les incompréhensions de la théorie de la mémoire de l’eau dépassent de loin son but originel. Son modèle théorique, ou en tout cas l’idée globale exprimée, a été repris pour prouver l’effet thérapeutique de l’homéopathie. Quelles qu’aient été les motivations de Benveniste au moment de ses recherches, Montagnier n’avait pas pour objectif de trouver le mécanisme explicatif de l’homéopathie. Ce sont les charlatans et les crédules qui ont cru voir dans « la mémoire de l’eau » un quelconque crédit à leurs pratiques rejetées par la science conformiste (j’espère que vous êtes réceptifs à l’ironie).

L’homéopathie consiste à diluer un agent pathogène en solution jusqu’à ce que les concentrations soient si faibles qu’il est absolument impossible que la moindre molécule active subsiste. Impossible selon les calculs (dilution jusqu’à 10^-15) et selon les tests. Les homéopathes le disent eux-mêmes, et la seule garantie d’un médicament homéopathique, obligatoire pour sa mise sur le marché, est la preuve de son innocuité. Lors de son invention au début des années 1800, rien n’était en mesure d’expliquer son fonctionnement. Pour résumer, l’homéopathie croit que l’on peut traiter des symptômes en provoquant les mêmes symptômes chez le patient. N’importe quel produit étant à l’origine de tels symptômes peut alors être utilisé, et il subit de hautes dilutions pour éviter de tuer le patient. Enfin, pour compenser l’absence de substance active, il faut « dynamiser » la solution, c’est-à-dire secouer de l’eau pure. C’est là qu’un modèle explicatif manquait, jusqu’à l’arrivée de la mémoire de l’eau. Appliquée à l’homéopathie, la théorie de la mémoire de l’eau stipule que les substances originales imprimeraient des nano-structures à l’eau, qui demeureraient après dilution, et provoqueraient ainsi les mêmes effets. La suite est inhérente à l’homéopathie, et reste du domaine de la croyance.

Alors que l’existence d’effets propres à l’homéopathie n’est pas prouvée, leur fonctionnement est déjà expliqué, par un mécanisme dont l’existence n’est pas non plus prouvé ! C’est absurde. Le plus croustillant, c’est que les expériences de Montagnier tendent plutôt à invalider l’hypothétique effet de l’homéopathie. Comme son étude le conclue, ses résultats offrent potentiellement de nouvelles possibilités de détection de maladies chroniques infectieuses, ce qui n’a rien à voir avec l’homéopathie. L’étude trouve également que les effets décelés finissent par disparaître avec des dilutions trop hautes, ainsi qu’avec le temps car ils ne subsistent pas au-delà de deux jours. Les défenseurs de l’homéopathie n’ont vraisemblablement pas lu l’étude, car leurs remèdes sont théoriquement efficaces à des dilutions parfois plus fortes que celles testées par Montagnier, et le restent des années durant sur les étagères des pharmacies.

En détournant des résultats déjà douteux, ceux qui prônent une médecine « alternative » ne prouvent que leur ignorance du sujet, l’incohérence de leurs propos et leur volonté de justifier a posteriori une hypothèse infondée. Cependant, les prétentions de l’homéopathie ne sont pas à minimiser du point de vue de la santé publique. De même qu’avec les traitements électro-magnétiques de Montagnier, se qualifier de « révolutionnaire » ou « contre-courant » vient à séduire le public, voire à le convertir et à le faire abandonner les médicaments et autres thérapies qui ont fait leurs preuves. Une information présentée sous couvert scientifique se diffuse facilement, c’est pourquoi l’humilité doit faire partie de toute volonté d’innovation.

Il est frappant de constater que les mêmes arguments viennent parfois indépendamment des partisans de l’homéopathie et de la mémoire de l’eau pour défendre leur théorie respective, et qu’ils ne tiennent pas debout, ni d’un côté ni de l’autre. L’effet thérapeutique spécifique si doux qu’il en deviendrait indécelable, serait une preuve de la supériorité des médecines douces sur la médecine « orthodoxe ». Bien, si l’effet placebo et la rémission spontanée sont plus efficaces qu’un traitement, il n’y a aucune pertinence à recommander celui-ci. Ces médecines se réclament d’un modèle épistémique différent, ce qui rend possible de nier ou d’utiliser la science selon les situations. Quand il s’agit de convaincre de l’efficacité, des protocoles expérimentaux et des preuves sont amenés, mais quand la validité de ces protocoles et de ces preuves est mise en cause, le soi-disant raisonnement dogmatique de la science est rejeté en bloc.

Le Galilée des temps modernes

Le professeur Luc Montagnier en a trop fait, trop dit, a été trop utilisé fallacieusement par la pseudo-médecine pour rester une figure sûre dans le monde scientifique. Douter de ses allégations est, au vu de ses recherches depuis plus de dix ans, devenu nécessaire. La liste n’est pas finie : infections froides, médecine orthomoléculaire… il est aujourd’hui affilié à toutes sortes de croyances ayant attrait à ses travaux, qu’il tend à légitimer par son autorité. Une autorité qui semble intouchable, tant la mauvaise interprétation des médias de la vérité scientifique et la séduction du public pour les prétendus remèdes miracles sont fortes.

Montagnier doit cependant s’éloigner du milieu qui l’a vu se construire puis s’effondrer. Avec son association CHRONIMED, il s’est assuré de fédérer des médecins acquis à sa cause, qui alimentent jusqu’à l’écœurement un blog de toutes les sources inimaginables défendant ses idées. Il s’isole, victime de la perte de sérieux dont il est seul responsable, bien que toujours résolu à continuer son combat. C’est ce qui s’appelle un syndrome de Galilée. En 2010, il a été recruté par l’université chinoise dont il présidait déjà le journal de publication, et dont les membres étaient flattés d’accueillir un nom aussi connu et réputé. Tout récemment, il s’est arrangé pour reparaître sur la scène médiatique en participant à la projection du film anti-vaccins d’Andrew Wakefield au parlement européen. C’est dire où il en est.

Que doit-on retenir de tout cela ? En fait, le monsieur a contribué à la recherche jusqu’à sa retraite, en particulier sur les rétrovirus, le sida et les remèdes associés, mais quelque part sans parvenir à la consécration ultime : LE remède. Le découvrir aurait été achever ce qu’il avait initié. Jean-Claude Chermann a en quelque sorte suivi les mêmes aspirations depuis qu’il fait cavalier seul, la pseudo-science en moins, mais des soucis en plus. On peut estimer qu’il est dommage que Luc Montagnier continue à proclamer des découvertes qui n’en sont pas, sans apporter de preuves et en travestissant une méthode qui avait fait sa renommée, la méthode scientifique.

Gratter les croûtes brûlées n’est pas si compliqué quand on dispose d’un bon couteau. Même les grands chefs doivent se retirer si leurs compétences laissent à désirer, ou accepter les reproches pour réagir efficacement. Ce que l’affaire Montagnier nous apprend, c’est que n’importe qui doit pouvoir être en mesure de sentir les défaillances et de les mettre en lumière, pour faire la part des choses et trancher là où il faut.

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2 réflexions sur “Les vaguelettes de Luc Montagnier

  1. Bonjour,

    Tout balayer, peut-être pas, en effet. C’est vrai, il y a des phénomènes physiques assez particuliers avec l’eau, et c’est décidément une substance qui n’a pas finit de nous livrer ses incroyables propriétés.
    Mais on ne peut pas se contenter de constater que des choses bizarres et non comprises se passent pour croire à n’importe quoi, et surtout pas pour falsifier le processus de recherche scientifique.
    Est-ce cela de rompre avec la science « traditionnelle » ?
    Et bien sûr que c’est dur d’accepter la contradiction, mais quand on se dit scientifique on se doit d’essayer. Montagnier n’a pas de preuve suffisamment convaincante pour qu’on le prenne véritablement au sérieux, et ceux qui ont quand même tenté de reproduire ses expériences ont échoué.

    Sortir de la polémique, comme vous le dites, serait très agréable. Seulement, je pense pas qu’on puisse s’y résoudre quand on entend les projets de Montagnier avec sa mémoire de l’eau. La santé publique est une affaire importante, qui ne doit pas être laissée aux charlatans Si, tout compte fait, les soins basés sur les ondes et la mémoire de l’eau pouvaient s’avérer efficaces, je pense que Montagnier obtiendrait un deuxième Nobel pour ses recherches visionnaires. Mais pour l’instant… vous avez lu mon article.

    Pour finir, tous les petits phénomènes, la mécanique quantique et tout ça, c’est super mais ça n’est plus la mémoire de l’eau présentée par Montagnier !
    Je pense que personne n’est réfractaire à l’idée de découvrir des propriétés inédites de l’eau, mais il faut être prudent, mesuré, précis… Tout ce que n’a pas été Montagnier, en somme.

    GRA

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  2. Bonjour,

    Pour ma part je pense qu’il ne faut pas balayer d’un trait les travaux même difficilement crédibles ou acceptables d’un scientifique qui a tout de même fait ses preuves (cela, personne ne peut prétendre le lui enlever) par le reste de la communauté scientifique traditionnelle. Certes, il serait très difficile à accepter pour ledit scientifique qu’il se fourvoit dans l’erreur, mais il n’y a pas d’attitude démonstrative convaincante d’une telle situation. Il y a tout de même des phénomènes assez curieux en ce qui concerne les propriétés de l’eau même si parler de la « mémoire de l’eau » est un terme qui peut paraître audacieux ou farfelu. Par exemple, les coefficients d’autodiffusion de diverses molécules dans l’eau sont très élevés et montrent une évolution particulière en fonction de la taille des molécules. Un effet mémoire de l’eau même de courte durée pourrait être à la base de l’explication de ce phénomène. D’autre part, un effet mémoire de l’eau ou de divers solvants à l’échelle macroscopique pourrait être une explication complémentaire de certaines propriétés. Sortir de la polémique scientifique serait un début d’éclaircissement de l’énigme de la mémoire de l’eau, même si les conflits d’intérêt sont nombreux. Par exemple la simulation dynamique moléculaire montre qu’à l’échelle locale les temps de mémoire de l’eau sont très courts, mais rien n’empèche qu’ils soient plus longs à des échelles supérieures du fait de la multiplicité des interactions entre les microphénomènes locaux. Ce type de point de vue est de plus en plus admis par la communauté scientifique avec l’avènement de la mécanique quantique.

    Jean-Yves

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