Je dois vous faire une confession… Je suis allé mener une croisade personnelle dans le but caché de pousser dans leurs retranchements des individus bienveillants et de bonne foi…

Récemment, ce mois de mai 2017, j’ai eu l’occasion de m’entretenir avec deux praticiennes de ce qu’elles et leurs confrères appellent des médecines douces ou alternatives. Ces dames tenaient un stand dans une foire, lequel m’a intrigué, et j’ai donc attendu la fin de l’atelier en cours pour aller parler, le plus naïvement du monde, aux dames qui présentaient leurs talents et des démonstrations.

Il s’agissait d’une entreprise « née de la rencontre de deux amies thérapeutes et de l’union de leurs outils pour créer une approche Somato-Olfacto-Sonore unique » [Sic leur prospectus]. L’une des amies se présente comme sophrologue, somatothérapeute, master PNL et Reiki, l’autre comme soigneuse holistique et quantique, utilisant des huiles essentielles.

Si vous me lisez, c’est sûrement que, pour la majorité d’entre vous, vous n’êtes pas très convaincus par ce genre de pratiques. Mais avez-vous seulement déjà eu l’occasion d’explorer réellement le milieu des tenants ? Et bien pour moi ce fut une première. Par curiosité, je me suis dit qu’il était bon de savoir ce que l’on critique, pour éviter les hommes de paille, les procès d’intention et les pétitions de principe. Ne voulant pas brusquer ni fermer la discussion d’emblée, je me suis présenté au stand comme quelqu’un de curieux, qui avait entendu parler des thérapies douces, quantiques, basées sur les ondes et qui cherchait à en savoir plus, pour comprendre de quoi il s’agissait. Ce qui est partiellement vrai, car je ne m’étais jusqu’à ce jour renseigné uniquement via internet, et principalement sur des ressources sceptiques.

S’ensuivit un échange très cordial et ouvert avec la thérapeute spécialiste des huiles essentielles, qui m’est apparu dès les premiers instants comme une fidèle incarnation de ce que j’avais pu lire ça et là sur internet. Je lui demandai donc des précisions sur ces thérapies intrigantes. Je vais essayer de résumer le plus clairement possible ce qui m’a été avancé, sans déformer aucun propos. Le paragraphe qui suit est donc une retranscription et n’a pas vocation à se montrer critique. Chaque chose en son temps.

La sauce quantique

La thérapeute a commencé par m’expliquer pourquoi elle pratiquait avec des huiles essentielles. Sa méthode repose sur les interactions des fréquences vibratoires entre les organes corporels et les huiles essentielles. Selon elle : les organes « vibrent » (comprendre : « émettent des ondes ») à une fréquence qui leur est propre, et fixe pour un bon état de santé. L’ensemble des fréquences ainsi produites du corps humain forme une harmonie. Le stress, au sens le plus commun du terme, vient perturber cette harmonie : quand la fréquence vibratoire d’un organe est modifiée, les autres organes compensent en modulant leur fréquence. La maladie provient de ce déséquilibre. En fait, toutes les maladies et tous les autres maux y trouvent leur origine.

Si les ondes sont au cœur du mal, c’est avec ça que l’on veut donc soigner. La seconde étape est d’exploiter les ondes émises par les huiles essentielles, qui vont interagir avec celles du corps. Ainsi, sans appliquer les substances ni même en apprécier les arômes, les fréquences se modulent entre elles pour retrouver l’équilibre, et finalement retourner à un état vibratoire naturel et harmonieux : la santé.

Bien sûr, cela ne se fait pas au hasard, les thérapeutes disposent de tables de fréquences, sortes de catalogues recensant les ondes naturelles propres de chaque organe, de chaque huile, mais aussi de beaucoup d’aliments communs. Plus tard dans la discussion, le même principe d’harmonie a été élargi à la nourriture : les aliments disposeraient également de leurs fréquences qui, selon le même principe, réguleraient celles des organes.

Mon interlocutrice n’en n’est pas restée là. Pour l’instant, il ne s’agissait que de traiter des symptômes, et tout l’intérêt supposé de leur méthode arrive avec ce qui suit. En effet, l’objectif de ce type de cure est d’apprendre aux patients à devenir autonomes, à savoir à terme choisir des huiles adaptées à leurs troubles. Tout un chacun peut, en y accordant un minimum d’intérêt et après avoir assimilé quelques bases, devenir capable de s’auto-traiter aux soins « quantiques ».

La touche finale, ce que l’on cherche à trouver et réparer, c’est évidemment la cause première du trouble. Pour l’expliquer, je vais reprendre l’habile analogie de la madeleine de Proust utilisée par la thérapeute. Lors de cette étape, les huiles peuvent éventuellement être senties, voire appliquées sur la peau. Les sensations ressenties, olfactives, tactiles ou provenant des composés des huiles, font remonter des souvenirs, qui par chance, au fil des huiles utilisées, finiront par révéler la cause d’un trouble. L’idée me semble assez proche de l’association libre psychanalytique. Une fois que le patient a réussi à mettre le doigt sur l’origine d’un stress, il va pouvoir travailler à partir du souvenir en question, pour trouver ce qui empêcherait ce stress d’envahir le corps.

S’ensuivit un discours teinté d’essentialisme, dans lequel la thérapeute me rappela la supériorité des traitements naturels sur ceux subissant des transformations chimiques relativement importantes ou de ceux de synthèse. Il ne fut pas question d’opposer radicalement et définitivement le chimique au naturel, mais de prôner un avantage incontestable des soins purement naturels car leurs effets, s’ils sont démontrés bénéfiques et efficaces, n’auraient nul besoin d’ajouts ni de transformations. La pureté des médicaments et des traitements naturels se suffirait à elle-même et sa puissance rendrait superflu tout produit synthétique.

Ce passage, dans le flot de la discussion, s’est quelque peu mélangé avec une critique de l’industrie de la santé et des lobbys pharmaceutiques. Selon la thérapeute, les traitements « quantiques » sont trop peu connus et répandus aujourd’hui à cause des grands groupes qui cherchent à vendre des médicaments moins efficaces pour fidéliser leur clientèle malgré elle, tout en étouffant les méthodes « parallèles » et « douce ». Ces dites médecines détiendraient les clefs de la santé et du bien-être, nos sociétés commencent à peine à les redécouvrir, mais il est certain, selon leurs défenseurs, qu’elles demeurent les solutions de demain.

Voici donc à peu de choses près ce que j’ai pu entendre. Évidemment je ne suis pas resté coi face à tant d’informations, mais la démarche qui était la mienne en allant parler à des pratiquants de bonne foi se devait d’être précautionneuse. Aussi me suis-je montré naïf et n’ai-je pas posé toutes les questions qui auraient posé un problème fondamental, ni exprimé des contradictions factuelles, dans l’optique de faire durer une discussion honnête.

Une expérience de zénitude

Je reviendrai sur l’aspect critique, mais avant cela je tiens à relater l’expérience qui m’a été offerte par le duo qui, remarquant ma curiosité, m’a proposé d’essayer pour que je me fasse une idée.

La thérapeute spécialiste des sons m’a convié à m’asseoir au milieu d’un drap sur lequel étaient disposés de multiples instruments à percussion, comme une sorte de xylophone, des bols en cristal et des bols tibétains. La réplique de séance consistait en un dialogue sonore, durant lequel chacun notre tour, à l’aide de baguettes, nous faisions entendre le timbre des différents objets. Sur le même principe que les huiles essentielles, l’apaisement induit par le jeu musical couplé aux sensations sonores est supposé rappeler à la mémoire toutes sortes de situations potentiellement révélatrices de troubles, tout en communiquant des ondes sonores pour rétablir les harmonies corporelles. Un soin plus que complet, donc.

Dans une deuxième phase, j’ai été invité à m’asseoir sur une chaise, le plus détendu possible, puis à fermer les yeux. La thérapeute s’est mise à produire des sons en manipulant les instruments autour de ma tête. L’un d’eux, un coffre cylindrique rempli de petites billes, simulait l’océan de façon saisissante. J’ai fait de mon mieux pour tenter de ressentir quelque chose de profond durant la séance, pour percevoir ce qu’on m’avait promis précédemment, et je dois dire qu’à part l’expérience inhabituelle aux inspirations orientales stéréotypées, je ne me suis jamais senti dans un état particulier. Il serait cependant malvenu d’en tirer une conclusion. En effet, les thérapeutes avaient insisté sur l’importance de l’implication du curiste, et j’étais manifestement en état permanent d’alerte intellectuelle et de réflexion critique. En outre, l’atmosphère de la foire environnante n’était décidément pas propice à la méditation. Nous étions conscients de ces limites et aussi nous savions que le but de ces essais n’était pas de me convaincre définitivement ni de prouver scientifiquement un effet quelconque.

Les questions qui fâchent

Durant ma discussion avec les deux spécialistes, j’ai posé à plusieurs reprises des questions pour obliger certains propos à se justifier scientifiquement, ou au moins à nuancer leurs prétentions.

En guise d’introduction, une peu d’étymologie « à la Grimault » : la « maladie », c’est le « mal-a-dit ». C’est-à-dire qu’il faut écouter son corps, auquel on peut se fier pour connaître son état de santé et savoir de quoi on a besoin pour aller mieux. Outre les dangers liés à l’automédication que représentent ce genre de préceptes, il est faux que le corps se livre aussi docilement : il est tant possible d’ignorer ses maux (comme une tumeur) que de souffrir sans cause réelle (l’effet nocebo). D’ailleurs, « maladie » vient du latin male habitus.

Concernant les ondes émises par les huiles essentielles, la médecine quantique produit un discours extrêmement simpliste, mais confondant pour n’importe qui ayant de vagues souvenirs des cours de physique de lycée. Les vibrations de chaque huile sont supposées connues, et après une rapide recherche on trouve facilement des tables de fréquences. On constate qu’elles se répartissent de quelques dizaines à quelques centaines de mégaHertz. Première coquille : la thérapeute m’expliquait qu’il y avait besoin de grosses machines (développées pendant la guerre froide en Russie et aux USA [sic]) pour connaître ces fréquences, donc qu’il était impossible de me prouver les valeurs des fréquences de visu, tandis que ça et là sur internet, d’autres sites des mêmes mouvances parlent plutôt d’appareils assez communs, disponible à l’achat particulier. Passons ce détail, car ces vibrations ne correspondent en fait à rien, mais le peu de vrai dont elles sont issues suffit à embrouiller. Il y a effectivement des ondes électromagnétiques provenant de tous les objets environnants. Une huile rayonne dans le visible et dans l’infrarouge, comme à peu près n’importe quel objet. C’est fréquences correspondent à des théraHertz : pour se faire une idée, c’est environ un million de fois supérieur à des mégaHertz, émis par des appareils tels que certaines radios ou des télévisions. De plus, la prétendue simplicité des fréquences propres à chaque huile ne rend absolument pas compte de ce qu’est un réel spectre électromagnétique.

Rappelons au passage que les infrarouges et la lumière visible sont des rayonnements non-ionisants, donc pas assez puissants pour provoquer des réactions moléculaires. Si l’on ne peut pas conclure catégoriquement que les rayonnements des huiles n’influent en aucune sorte sur notre corps, les principes qui justifieraient une interaction effective vont à l’encontre des données scientifiques.

Je ne voudrais pas travestir les explications que j’ai reçu à propos de la guérison par les ondes, mais la théorie de la mémoire de l’eau a été évoquée. Cette théorie pseudo-scientifique séduisante permettrait aux bonnes ondes de communiquer les propriétés harmonieuses et parfaites des plantes aux cellules, et encore une fois c’est une pure spéculation interprétative.

Dans cette lignée de prétentions largement exagérées, si ce n’est totalement infondées, une thérapeute m’a avancé qu’un chercheur avait réussi à trouver des fréquences sonores qui guériraient des cancers.

Sur internet, on tombe rapidement sur un certain Royal Raymond Rife, chercheur indépendant qui, aux environs de 1930, auraient prouvé une origine virale aux cancers, ainsi qu’un traitement extrêmement efficace, débarrassant à la fois des symptômes et de la cause. Une machine de son cru devait pouvoir émettre des fréquences spécifiques pour faire exploser des cellules ciblées. Malheureusement pour Rife, ses travaux n’ont jamais été publiés et il a essuyé plusieurs procès. La plupart des médecins et chercheurs qui ont poursuivit l’œuvre de Rife en utilisant sa machine ont eu des problèmes avec la justice ou avec l’ordre des médecins. Beaucoup d’articles qui font l’éloge des travaux de Rife versent dans le complotisme, ce qui n’est jamais bon pour créditer une cause. Les lobbys scientifiques feraient ainsi en sorte d’étouffer ce genre de traitements miraculeux, car les revenus financiers seraient bien inférieurs à ceux dégagés actuellement par la médecine « conventionnelle ». Cet argument souffre d’incohérences et de failles multiples, il est facile de comprendre en quoi il n’est qu’un écran de fumée.

On trouve également quelques informations sur Björn Nordenstrom, un autre prétendant à la guérison du cancer. Là non plus, impossible de trouver des articles sérieux et sourcés. Il y a sûrement une base valide, mais on ne s’y arrête jamais.

Au delà de tous ces arguments prétendument scientifiquement valides, il faut admettre que les thérapies quantiques s’appuient sur beaucoup de bases plus solide et largement acceptées, si ce n’est plébiscitées, par la communauté scientifique.

Un détail parmi d’autres est ce qu’elles disent des fréquences électromagnétiques du cerveau. Le rythme cérébral est bel et bien caractérisé par des fréquences associées à des « états d’esprit » que sont l’agitation, l’attention profonde, l’apaisement total ou le sommeil. On appelle ces fréquences les ondes alpha, bêta, thêta, gamma… Mais le problème vient de l’interprétation qui en est faite par les thérapeutes quantiques : vous l’avez peut-être deviné, les huiles essentielles devraient être en mesure de vous apaiser directement par interaction ondulatoire, en recalibrant la fréquence de votre cerveau. Bien sûr, comme expliqué brièvement plus haut, cela n’a aucune raison de se produire. De plus, c’est très matérialiste comme vision des choses (dans le sens scientifique du terme, ce qui dans l’absolu ne dérange pas), ce qui est assez coquasse quand on sait comment le terme « matérialisme » est utilisé par la médecine « alternative » pour dévoyer celle « conventionnelle ».

Le point le plus sensible selon moi est ce qui attrait à la méditation. Il est admis que la méditation possède de nombreux bienfaits parfois incroyables, tellement incroyables, en fait, qu’on lui en attribue souvent trop.

La méditation apaise et fait baisser le stress. Au quotidien, cette pratique couplée à des exercices de respiration peut apprendre beaucoup sur la façon dont on fonctionne et être un bon outil pour gérer ses émotions, positives comme négatives. Si l’on ajoute la prémisse anti-scientifique énoncée plus haut, stipulant que le stress est le premier responsable de TOUS les maux, on peut facilement conclure que la méditation est LA solution, tant sur le plan des symptômes que sur celui des causes.

Ainsi ai-je osé demander si était possible de guérir par la pensée : absolument, selon les thérapeutes quantiques. Pas seulement soigner, mais guérir, et de tout (y compris du cancer [sic]).

La condition à cela est de s’impliquer dans la thérapie et d’y développer une certaine autonomie. Un environnement propice à l’apaisement, une bonne alimentation, s’obliger à adopter un état d’esprit particulier… toutes ces variables, qui sont assurément appréciables par une majorité d’entre nous, même en dehors du cadre d’une thérapie, sont justifiées par des principes pseudo-scientifiques qui leur donnent beaucoup de crédit auprès des personnes non averties. On explique alors que ce sont les ondes communiquées par les huiles, les sons et les différents objets « quantiques » qui guérissent.

Mon interlocutrice m’a également certifié que « le temps s’accélère ». Cette « vérité » permet aux thérapies quantiques de légitimer davantage encore leurs hypothèses du stress comme cause première. Encore une fois, cela va à l’encontre de tout ce que la science a établi jusqu’à aujourd’hui, et il n’y a pas l’once d’un début d’indice qui pourrait faire penser que ce genre d’idée puisse être démontrée.

Pour finir avec ça, j’ai pu entendre le discours habituel sur les lobbys. Oui, les lobbys existent et sont très influents, et aussi très pratiques pour leur jeter la pierre à n’importe quel prétexte tout en semblant raisonnable. Dans le cas qui nous intéresse, les soi-disant lobbys sont mis en cause pour leur perversité à cacher les « vrais » remèdes efficaces, ceux qui guérissent le cancer par l’esprit. Il me semble évident que si un tel traitement se révélait réellement efficace, les lobbys chercheraient par tous les moyens à se l’approprier et à développer un modèle économique sur le dos des curistes.

En attendant, les accusations d’accaparement financier et de cynisme qu’essuient les industriels pharmaceutiques s’appliquent tout autant (à une échelle légèrement moindre) aux thérapies quantiques. Leur business est fructueux : les séances sont chères et les produits de toutes sortes qu’ils proposent jouissent d’une communication bien huilée (haha). Et oui, à partir du moment où l’étiquette « quantique » est apposée, le produit se dote d’une efficacité miraculeuse.

Nous venons de le voir, il y a du vrai dans ce que nous disent les « alternatifs ». Ce vrai est utilisé en toute bienveillance pour faire passer des notions sans fondements scientifiques, ainsi n’y voit-on que du feu.

Il convient néanmoins d’alerter sur les dangers de ce type de pratiques, qui sont variés et souvent insoupçonnés par les ceux qui se laissent bercer par de belles histoires. Et comment les juger ? L’attrait de ces hypothèses est évident, et il est tentant de leur accorder une confiance qu’elles semblent mériter.

Les mauvaises ondes

En matière de santé, l’ensemble du discours des thérapies quantiques tend à discréditer la médecine « conventionnelle » et à l’inverse rendre plausibles tous les effets du stress. Il peut donc en résulter un abandon des traitements efficaces pour d’autres qui ne le sont pas. Cette stratégie a des chances d’être privilégiée par l’individu qui expérimente l’effet placebo induit par tous les facteurs entrant en jeu dans la thérapie. l’effet se montre alors pervers : sur le court terme, il donne la sensation d’aller mieux, mais ne guérit en aucune sorte. Soit le trouble est mineur et se résorbe naturellement, et on attribue la guérison à la thérapie ; soit le trouble est plus grave et empire car il n’est pas traité, et le curiste qui se sent mieux durant le temps qui suit la séance tend à se fidéliser.

Sauf que les études menées depuis des années sur ces thérapies n’ont jamais trouvé le moindre effet thérapeutique propre ! Rien n’est guéri par l’action de ces thérapies, elles ne peuvent servir que d’appui psychologique pour les personnes qui y sont sensibles, en parallèle à un vrai traitement. Même comme cela, le risque est d’attribuer la réussite d’un traitement à la thérapie « alternative », et de contribuer au négationnisme de la médecine basée sur la science. Progressivement, à l’échelle individuelle autant qu’à l’échelle des populations, ces idées font leur chemin, amenant à croire à d’autres idées similaires n’ayant parfois comme rapport que le rejet du consensus scientifique.

Est-ce grave ? Tout dépend du nombre de croyants et des implications de leurs croyances. Par exemple, lorsque l’on se contente de penser que la méditation supprime les effets secondaires des médicaments, je pense qu’il ne faut pas se priver. En revanche, les conséquences de l’établissement d’un lien (factice) entre les vaccins et des maladies auto-immunes sont à prendre en considération. Ce genre d’idée est du même acabit, malheureusement.

Nuançons notre jugement

Peut-on pour autant blâmer ces praticiens à la lisière de la science ? Oui et non.

Après tout, les avancées scientifiques, dans le domaine ou non de la médecine, deviennent tellement complexes qu’elles nécessitent de longues années d’étude pour estimer être compétent dans un domaine extrêmement restreint. Les hypothèses « alternatives » étant contradictoires aux connaissances scientifiques, il est fort probable que leurs promoteurs n’aient pas compris ces connaissances scientifiques.

Cependant, ces gens se réclament d’exercer du soin, et devraient donc être attachés à prouver l’efficacité de leurs méthodes, et de ne jamais se reposer sur des témoignages ou des hypothèses non testées.

Ce qui m’a le plus frappé en discutant, c’est la bienveillance quasiment parentale dont ils font preuve, ainsi que l’honnêteté évidente qu’ils affichent. Ils ne sont pas extrémistes au point de vouloir supprimer tous les médicaments, nuancent l’opposition naturel/chimique, incitent à l’autonomie… : ils souhaitent de tout cœur éveiller quelque chose en leurs patients, et défendent le bien-être et la joie de vivre. Peut-être certaines médecines devraient-elles s’inspirer de la forme (mais pas du fond hein !) de ces discours, qui semblent persuader efficacement par les émotions positives. Finalement, pour beaucoup de gens c’est cela qui compte : l’esthétique et la sincérité plus que les arguments scientifiques.

Je suis ressorti de cet échange avec un grand désarroi. J’étais convaincu de l’intérêt d’une grande partie de leur objet thérapeutique, concernant la méditation. Le reste, si je peux m’autoriser à m’exprimer crument, c’est du vent. Du vent coloré de celui qui peuple nos rêves, mais du vent quand même. En voulant à tout prix donner une consistance à ce vent, on lui retire sa magie et on ne parvient qu’à provoquer des courants d’air.

Le droit au rêve a pour pendant le devoir de vigilance. Je pense qu’il ne faut pas se priver de rêver, d’imaginer les grandes idées de demain, tout en sachant ce qui appartient à l’imagination et ce qui reste sur Terre. De grandes théories à présent validées ont d’abord semblé folles, mais toutes ne suivent pas le même chemin, loin de là. Il faut admettre que certaines restent des rêves, et ce n’est pas rabat-joie que de dire cela : elles ont alors tout le loisir d’évoluer pour se tester à nouveau, jusqu’à peut-être un jour trouver la forme qui du rêve les fera devenir réalité.

Avant ce jour, prenons ce qui fonctionne, la méditation comme les molécules modifiées, qui recèlent déjà bien assez de merveilles, et qui n’ont pas fini d’être les sources de rêves les tirant inexorablement vers le haut.

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2 réflexions sur “Thérapies quantiques, huiles essentielles et faiblesses épistémiques

  1. Superbe tournure pour ta conclusion! Le terme croisade pour l’introduction est je l’imagine a prendre au second voir troisième dégrée j’espère.

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